Les palais du Chettinad de Michel Adment et Bernard Dragon

 

L'œil du guide

 

Cette micro-région de l’Inde du Sud, située entre Pondichéry et Chennai, a été façonnée par une communauté de marchands voyageurs, les chettiars, aux XIXème et XXème siècles. Ses palais oubliés se découvrent en compagnie de deux architectes français, Michel Adment et Bernard Dragon, qui ont contribué à faire inclure trois groupes de villages sur la liste indicative de l’Unesco en 2014. Ils ont restauré l’un d’eux, la Saratha Vilas, à Kothamangalam. Visite guidée à pied, à vélo ou en Ambassador, au choix.

 
 
J’ai eu l’impression de voir ces villes idéales telles qu’on les imaginait à la Renaissance
 
 
 
 

C’est une correspondance d’avion manquée qui mena ces deux architectes français à Cochin, en 1996. Emerveillés par les magasins d’antiquités, Michel Adment et Bernard Dragon y revinrent tous les ans faire leurs emplettes, rapatriées par conteneurs en France où ils les revendaient. Un jour, ils y feuilletèrent un livre consacré aux palais du Chettinad, laissé là par mégarde, et comprirent : les joyaux qu’ils dénichaient provenaient de demeures désossées de leurs portes, vaisselle, carreaux de céramique… Le duo parti explorer cette micro-région située au sud de Pondichéry et à l’est de Madurai, dans le Tamil Nadu. Ce fut un choc esthétique. « J’ai eu l’impression de voir ces villes idéales telles qu’on les imaginait à la Renaissance, le sujet de mon diplôme ! », raconte Michel Adment. En 2010, ils terminaient la restauration d’un palais de 1905, Saratha Vilas, à Kothamangalam, aujourd’hui leur maison d’hôtes.

 
 
 
 
 
 
Près de 15 000 demeures palatiales se succèdent le long de rues tracées au cordeau, dans 73 communes
 
 

Les anciens banquiers de l’Asie du sud-est

Le Chettinad a été construit par les chettiars, une communauté de commerçants qui connut une période florissante de 1850 à 1947, date de l’indépendance de l’Inde. Ils devinrent les banquiers de l’Asie du sud-est, précurseurs du micro-crédit, mais à but lucratif. Leur point d’ancrage restait leurs maisons, reflet de leurs richesses. Le résultat ? Près de 15 000 demeures palatiales se succèdent le long de rues tracées au cordeau, dans 73 communes. Toutefois, aujourd’hui, les frontons néo-baroques ou Art-Déco présentent un visage bien lézardé, des singes sautant d’un mur décati à l’autre… Soucieux de préserver ce patrimoine, Michel Adment et Bernard Dragon ont fondé l’association ARCHE-S (Architectural Heritage Saveguarding) qui a fait inclure trois groupes de villages sur la liste indicative de l’Unesco en 2014. Ils ont établi une carte qui permet de se balader, librement ou avec eux, de palais en palais.

 
 
 
 
Grands voyageurs, les chettiars mêlaient les influences orientales et occidentales : à l’intérieur, le teck provient de Birmanie, les lustres de cristal de Belgique, le marbre d’Italie...
 
 
 
 

Du marbre d’Italie

A pied, à vélo ou en Ambassador, on compare le nez en l’air les surenchères de balustrades et de statues de colons britanniques ou de dieux hindous telle Sarasvati, déesse des arts. « Les règles du vastu shastra, science traditionnelle de l’architecture indienne, prévalent, avec la succession de halls et de cours sur un axe longitudinal qui offre une merveilleuse perspective », note Bernard Dragon. Grands voyageurs, les chettiars mêlaient les influences orientales et occidentales : à l’intérieur, le teck provient de Birmanie, les lustres de cristal de Belgique, le marbre d’Italie… « Rien n’était trop beau ! », souligne Michel Adment.

 
 

Une Inde rurale et bucolique

A Karaikudi, capitale du Chettinad, on fait le tour des antiquaires où chiner des objets provenant de palais détruits, en bois, en céramique, en laque ou en métal. A Athangudi, on fabrique soi-même son carreau de ciment coloré. D’un village à l’autre, on traverse les rizières, entre les temples et les bois sacrés, sanctuaires peuplés de statues de grands chevaux peints en terre cuite apportées en offrande. Pour le déjeuner, on se régale (avec les doigts) de pepper chicken sur une feuille de bananier au Mess de Kanadukathan, gargote populaire. Une balade hors du temps à travers une Inde du Sud rurale et bucolique.

 
 
 
 

Mathilde Giard

Mathilde Giard est journaliste depuis une vingtaine d’années, spécialisée dans le voyage après avoir vécu en Afrique du Sud et en Allemagne. Toujours à l’affût de belles rencontres et de détours à explorer, elle vous racontera ses aventures de globe-trotter.

 

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