Dans les coulisses d’une excursion aux baleines

 

Dans les coulisses

 

Les Escoumins, petite municipalité du Québec donnant sur l’Estuaire du Saint-Laurent, sont très réputés pour ses nombreuses croisières aux baleines. Cyril Praud, capitaine-naturaliste, nous fait découvrir le monde merveilleux de ces incroyables mammifères marins.

 
 

Jet tours Mag : Existe-t-il un scénario type pour ce genre d’excursion ?

Cyril Praud : Dans notre compagnie, une excursion dure 2 à 3 heures et s’effectue sur des zodiacs de 12 passagers, avec qui je suis seul à bord. Après leur avoir fait enfiler des manteaux chauds flottants- l’eau est en moyenne à 4°C- et des gilets de sauvetage, je fais un briefing sur la sécurité puis, on part enfin à la recherche des baleines. Avec les autres compagnies, nous communiquons avec une radio, pour collaborer et s’entraider à les trouver. Ensuite vient l’attente, et l’observation : il faut être patient. Cela peut prendre beaucoup de temps. La baleine ne vit pas cachée, elle doit aller à la surface pour respirer puisque c’est un mammifère. Il faut trouver son 1er souffle : elle en fait entre 2 et 10 à la surface avant de replonger pour 5 à 20 minutes sous l’eau. Chaque croisière est différente : on peut voir parfois jusqu’à cinq ou six espèces en une excursion ou une seule baleine, mais il y a toujours de la vie dans l’estuaire : des phoques, des marsouins, des oiseaux marins sans oublier de magnifiques paysages.

 
 
La baleine ne vit pas cachée, elle doit aller à la surface pour respirer puisque c’est un mammifère
 
 
Cyril Praud, capitaine-naturaliste, sur le quai avant le départ pour une excursion aux baleines.
Des touristes observant une baleine au cours d’une excursion.
Des touristes observant une baleine au cours d’une excursion.
 
 

Comment reconnaissez-vous les baleines ?

 
 
On leur donne même des noms, par exemple, nous avons une baleine à bosse dans l’estuaire qui s’appelle Gaspard
 
 

C.P : Nous les reconnaissons grâce à leurs différentes tâches, cicatrices, nageoires dorsales … nous avons aussi des photos d’identification, très utiles pour les biologistes et le suivi des baleines. On leur donne même des noms, par exemple, nous avons une baleine à bosse dans l’estuaire qui s’appelle Gaspard. Concernant leurs habitudes, elles arrivent de loin, certaines vont jusqu’aux Caraïbes pour se reproduire, puis migrent ici l’été pour se nourrir. Leur comportement s’adapte en fonction des marées. Lors des marées hautes, des remontées de courants froids de l’Arctique et de l’Atlantique amassent toute la nourriture dans certaines zones, les baleines s’y regroupent ainsi pour s’alimenter. Lors des marées basses, elles ont plutôt tendance à se disperser pour se mettre au repos.

 
 
Elles arrivent de loin, certaines vont jusqu’aux Caraïbes pour se reproduire, puis migrent ici l’été pour se nourrir
 
 
Une baleine à bosse évoluant dans son milieu naturel.
Cohabitation de phoques, marsouins et oiseaux marins.
Cohabitation de phoques, marsouins et oiseaux marins.
 
 

Le développement des excursions n’est-il pas trop nuisible pour ces mammifères ?

 
 
C’est une activité très encadrée 
 
 

C.P : Vers les années 70 -80, les pêcheurs du coin ont commencé à amener les touristes avec eux sur leurs barques. Ils se sont vite rendu compte que les gens étaient plus intéressés par les baleines que par la pêche. A l’époque, ce n’était pas du tout sécurisé comme aujourd’hui. Cela devait même être assez folklorique ! Désormais, c’est une activité très encadrée : les capitaines suivent des formations strictes à l’Institut Maritime et les bateaux sont inspectés. La plupart des commerces des Escoumins sont fermés l’hiver mais grâce aux baleines, entre 300 000 et 400 000 touristes viennent chaque été, majoritairement français mais aussi allemands, italiens et américains. Le fort de la saison est en juillet, août et septembre.

 
 
Grâce aux baleines, entre 300 000 et 400 000 touristes viennent chaque été
 
 

Concrètement, quelles sont les mesures de sécurité ?

C.P : Le Parc Marin du Saguenay Saint-Laurent est une aire marine protégée avec un règlement et des lois locales. Les mesures de sécurité concernent surtout la vitesse et la distance des bateaux par rapport aux baleines. A partir de 400 mètres, on doit ralentir au maximum. Nous, on peut s’approcher jusqu’à 100 mètres. Reste que c’est 200 mètres de distance pour les plaisanciers et autres bateaux sans permis d’exploitation. Cela est contraignant mais nécessaire. Surtout dans un écosystème fragile comme celui-ci où certaines espèces sont en voie de disparition. C’est par exemple le cas du beluga, petite baleine blanche résidente ici. Pour de telles espèces, c’est 400 mètres de distance pour tout le monde ou 441$ d’amende. Il faut savoir que c’est le capitaine et non la compagnie qui paye ces amendes : il est seul maître à bord et donc responsable de tout ce qu’il s’y passe. C’est aussi à lui que revient la décision de partir ou pas selon le climat et d’expliquer aux touristes le déroulement de l’excursion. Je dois dire que les gens ont de très grandes attentes, souvent irréalistes. Par exemple, beaucoup veulent voir les baleines sauter car c’est ce que les photos montrent, mais sur près de 200 croisières cette saison, je n’ai vu cela se produire que quatre fois !

 
 
Fjord de Saguenay, au Québec.
Des touristes s’approchant d’une baleine à bosse.
Des touristes s’approchant d’une baleine à bosse.
 
 

Retrouvez toutes les informations pratiques sur www.lesecumeurs.com

 
 

Anais Bence

Anaïs Bence est une jeune journaliste, passionnée de voyages. Véritable globe-trotteuse, toujours à la recherche de nouveaux sujets et de nouvelles expériences, elle a travaillé pour différents supports dans le sud de la France avant de s’établir à Paris.

 

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